Un portrait de Julien Henriet - Responsable technique du Gonojukan - 3e Dan BE1
Quelles raisons t’ont amené à pousser la porte d’un club d’Aïkido ?
C’était en juin 1991, j’étais encore lycéen… et fan de films d’arts martiaux, bien sûr. En me documentant, j’ai trouvé que l’Aïkido semblait très complet et suis
donc allé dans un dojo me renseigner. Mon idée était de trouver un stage intensif de quelques semaines pendant les grandes vacances pour apprendre à me défendre. Pour tous les autres sports
c’était possible, j’étais loin d’imaginer le travail nécessaire pour la maîtrise d’un seul mouvement !
Après quelques minutes de discussion, j’ai compris qu’il faudrait un peu plus de temps que prévu pour apprendre à me défendre. Je me suis donc inscrit dans ce club
dès la saison suivante. L’ambiance conviviale et détendue m’a tout de suite plu. Je trouvais les mouvements beaux et magiques. De plus, l’approche non-violente de l’Aïkido correspond tout à fait
à mon caractère.
Quelles raisons t’ont poussé à enseigner ?
C’est arrivé naturellement, je dirais. Au sein de notre club, nous étions trois candidats potentiels au premier Dan et une au deuxième Dan cette saison-là. Nous
nous sommes préparés spécifiquement pour les épreuves techniques des examens Dan et du Brevet Fédéral dès janvier 2000. Nous avions besoin de nous mettre en situation d’examen : exécuter un
mouvement immédiatement après avoir entendu son nom en japonais est un exercice qui ne nous paraissait pas du tout évident. Nous nous entraînions en dehors des cours habituels entre nous chaque
semaine. Nous nous interrogions mutuellement.
Avec le brevet fédéral en poche, j’ai proposé de continuer à travailler ces mises en situation d’examen avec les élèves de notre club de l’époque. C’est à
l’occasion de ces cours que nous avons tissé des liens très forts, Aurore Mamet, Stéphane Gaiffe (co-fondateurs du Gonojukan) et moi-même. Ce créneau dédié exclusivement aux mises en situation
existe encore, bien que nous ayons quitté ce club.
Quels sont les techniciens qui aujourd’hui te guident dans ton évolution ?
Petit-à-petit, j’ai éprouvé le besoin de perfectionner ma pédagogie, en plus de ma technique. J’ai donc suivi la formation au Brevet d’Etat d’Educateur Sportif.
J’ai passé le tronc commun en candidat libre, et suis allé suivre le stage de préparation aux épreuves de la partie spécifique «Aïkido » proposé par notre fédération. Ce stage fut un
véritable électrochoc ! J’en suis revenu complètement démoralisé ! Tout était à revoir sur le plan technique ! J’ai perdu toute confiance en ma pratique pendant plusieurs années,
et me suis complètement remis en question.
Cette prise de conscience était latente, je fermais les yeux depuis plusieurs années car je me rendais bien compte d’un décalage durant les stages. J’avais de
bonnes bases mais ma pratique était différente. Etant trop attaché à mes professeurs de club, je ne remettais pas en question ma technique pour ne pas les froisser. Ce stage de préparation m’a
simplement montré que j’avais tort, qu’il fallait changer pour évoluer. Mais quel choc ça a été d’ouvrir les yeux !
L’été suivant ce stage de préparation, je suis allé suivre un stage d’une semaine animé par Gilbert Maillot. Sa manière d’être, sa pédagogie et sa technique
m’ont scotché ! Depuis, je fais tous les stages que je peux avec Gilbert. Il a fait un travail de remise en confiance extraordinaire ! Gilbert m’a coaché avec succès pour me
permettre de réussir l’examen technique du troisième Dan en juin dernier. Après ce stage d’été en 2005, J’étais devenu boulimique d’Aïkido, mais impossible de faire Besançon-Montpellier trois
fois par semaine ! J’ai donc fait tous les stages que je pouvais, et m’entrainais même dans deux clubs différents ! J’ai aussi rencontré Hervé Guénard ! Mes yeux se sont
écarquillés une fois de plus ! Magique, passionné, généreux, disponible, un Aïkido fluide et martial.
Ayant remis complètement en question mon Aïkido, je ne me retrouvais plus dans le club de mes débuts. Stéphane et Aurore venaient de créer une structure associative
et avaient trouvé une salle. Ils m’ont proposé d’enseigner dans ce nouveau club. J’ai accepté sans hésiter. Depuis la naissance du Gonojukan, en septembre 2006, Gilbert et Hervé acceptent de
venir animer un stage chaque année dans notre dojo.
La réussite au troisième Dan me conforte dans l’idée que ces changements étaient nécessaires et que ces choix sont les bons, mais de nombreux progrès techniques
sont encore à faire. Ces deux techniciens, Aurore, Stéphane et les adhérents du club ainsi qu’Isabelle Denojean (qui enseigne à Lons-Le-Saunier) et Fabienne (ma compagne si compréhensive et
encourageante) se sont tous mobilisés pour cet examen. Je tiens à vous remercier : vous m’avez fait un très beau cadeau !
Quels sont les aspects de la pédagogie en Aïkido qui t’intéressent le plus ?
L’Aïkido est avant tout un art martial. Mais c’est une voie qui propose une grande quantité d’outils pédagogiques. L’un des buts de l’Aïkido serait de nous aider à
nous sentir mieux, à se réaliser, à trouver sa propre place (dans l’univers… mais on va déjà essayer dans notre société).
Quand un(e) élève monte sur le tatami, je me demande toujours ce qu’il (elle) est venu chercher, ce qu’il (elle) lui faut pour trouver sa place ou se sentir mieux.
Beaucoup disent que c’est pour pratiquer un sport ou une activité physique régulière. Peut-être est-ce vrai lors des premiers cours ou de la première saison, mais je suis persuadé qu’il y a autre
chose derrière qui fait qu’un(e) pratiquant(e) reste. Ca peut être la volonté de se défendre, avoir une meilleure appréhension de l’espace, la reconnaissance et l’envie de faire partie d’un
groupe, rencontrer du monde ou bien véritablement s’aérer l’esprit. Cela peut être plusieurs choses à la fois (des besoins dont l’élève a conscience ou non) et varier d’un cours à l’autre mais il
y a souvent un fil conducteur. Et l’Aïkido, basé sur l’échange et le respect mutuel, est en mesure d’apporter presque toujours une réponse sans heurt, sans confrontation, en suivant son propre
rythme d’évolution tant aux niveaux physique, musculaire, cardio-vasculaire et respiratoire qu’au niveau spirituel.
Par ailleurs, techniquement, chacun a son propre rythme de progression. A chaque stade, il faut acquérir des automatismes et en perdre d’autres. C’est peut-être
l’un des paradoxes de l’apprentissage de l’Aïkido : on intègre des automatismes et une fois acquis, on explique que c’est une demi-erreur. Deux exemples : les atemis et le regard. Quand
on apprend une technique, il est nécessaire de placer les atemis pour rythmer le mouvement, vérifier les distances et la justesse de son propre placement et celui de son partenaire, mais pour un
très haut gradé l’atemi sera une perte de temps s’il est marqué comme on le demande à un débutant ! C’est la même chose pour le regard : afin de structurer son corps en déplacement, il
faut d’abord maintenir son regard devant soi, mais au fur et à mesure que l’on avance dans les grades il faut apprendre à ce que ce soit le regard qui guide le corps donc à le porter sur le point
où va l’intention, puis il devra devancer cette dernière, et pour un très haut gradé, porter son regard sur un point serait une erreur, il devra avoir une vision globale. Si on manque une étape,
on se déstructure et quand une étape est acquise il faut de nouveau en défaire une partie. A mon sens, l’enseignant doit aussi trouver par quelles étapes faire passer un(e) élève, et à quel point
il (elle) en est dans sa progression.
Trouver quoi apporter, répondre aux véritables motivations, avoir une démarche structurante et positiver sont les aspects pédagogiques qui m’attirent le plus.
Proposer de lâcher prise à une personne stressée, permettre à une autre de se défouler physiquement et se vider l’esprit, proposer des techniques de défenses, une attitude martiale à quelqu’un
cherchant à savoir se défendre…
L’Aïkido aide à déceler les besoins de chacun et à apporte les outils pour s’y adapter. L’une des grandes qualités pédagogiques de l’Aïkido est de travailler AVEC
les autres, d’encourager et de positiver. Sur un plan plus personnel, je prends l’Aïkido comme une étude martiale et gymnique du mouvement. Et je ne vous cache pas que pouvoir réaliser des
acrobaties de jedi avec un sabre-laser bleu ciel est un rêve de gosse tenace !