Stage de Daïto Ryu Aïkijujutsu à Besançon

Publié le 2 Août 2017

Article publié par Stéphane

Kawabe Shihan en démontration à Helsinki en Finlande

Du 26 juin au 1er juillet, l'association Arts Martiaux Sans Frontières a organisé un stage exceptionnel à Besançon avec Maître Kawabé Takeshi, 8e Dan de Daïto-ryu Aïkijujutsu, directeur mondial du Daïto-ryu Aïkijujutsu Takumakaï. Un stage exceptionnel organisé au profit de l'Unicef. Ce stage a réuni de nombreux pratiquants venus de tous horizons martiaux (Aïkijutsu, Aïkido, Aïkibudo, Katori Shinto-ryu, MMA...) et de toute l'Europe (France, Suède, Finlande, Ukraine, Espagne...).

Pratiquant l'Aïkido depuis près de 25 ans, j'ai beaucoup lu sur le sujet mais l'enseignement d'un maître authentique de Daïto-ryu est extrêmement rare en France. Même au Japon il est difficile d'accéder à cet enseignement.

C'est donc avec une grande excitation que j'ai réorganisé ma semaine de travail pour pouvoir participer à plusieurs sessions. Un peu de crainte aussi, le Daïto-ryu étant réputé pour être une discipline très efficace (donc en décodé : ça doit faire mal).

Je ne savais pas si j'allais être en terrain familier ou complètement perdu. Ce fut les deux à la fois.

Dans un premier temps, je me suis dit : c'est facile, ça c'est nikkyo, ça c'est sankyo, ça c'est un Aïki-Otoshi... ça ressemble beaucoup à l'Aïkido. D'autre fois je me suis dit : c'est pas difficile, c'est le début d'une technique d'Aïkido et la fin d'une technique de Jujitsu.

Mais au fur et à mesure de la répétition des gestes, je me suis vite rendu compte qu'en fait ça n'avait strictement rien à voir avec tout ça ! En effet il y a de nombreux détails qui diffèrent, la façon de prendre la main en nikkyo par exemple, la gestion de distance un peu plus longue, les axes un peu plus décentrés. Mais le principal est que la posture de base (kamae) est complètement différente de celle de l'Aïkido. On ne part pas de la même position, donc les déplacements et la bio-mécanique qui en découlent sont forcément complètement différents.

Après la phase de fausse confiance initiale je me suis donc vite rendu compte qu'il s'agit d'une discipline fondamentalement différente de l'Aïkido.

Au cours d'une discussion avec Kawabé Takeshi Sensei, dans laquelle je lui exprimais ma confusion devant tant de différences, il a résumé parfaitement la situation avec ces mots : Daïto-ryu is not Aïkido ! (le Daïto-ryu n'est pas de l'Aïkido).

 

"Daïto-ryu is not Aïkido"

 

En même temps cette expérience m'amène à me questionner sur la pertinence d'une liaison entre Aïkido et Daïto-ryu (je parle de liaison pas d'une filiation qui est évidente sur le plan historique), c'est à dire de la possibilité d'un transfert de compétence entre Aïkido et Daïto-ryu. Une pratiquante venue d'Ukraine m'a expliqué qu'elle avait fait 4 ans d'Aïkido avant de commencer le Daïto-ryu. Elle a eu le sentiment de tout recommencer de zéro et m'a dit que cela lui avait pris 4 ans encore pour perdre ses mauvaise habitude d'Aïkidoka (sic !). 

Beaucoup d'Aïkidokas cherchent aujourd'hui dans le Daïto-ryu des réponses à des questions d'efficacité dans l'application de leur Aïkido. Mais comment trouver des réponses dans le Daïto-ryu et les transférer dans l'Aïkido sans dénaturer les deux disciplines ? Le risque est de construire un mauvais Aïkido ou un mauvais Daïto-ryu. Cela ne me semble pas vraiment viable, et par expérience je trouve qu'il y a plus de similitudes et donc de transferts de compétences possibles entre le Jujitsu (Judo-Jujitsu ou Atemi-Jujitsu) et l'Aïkido, qu'entre le Daïto-ryu et l'Aïkido.

D'autre part, il me semble évident que le stage était axé sur des techniques de bases et pas sur des techniques avancées (tout du moins sur les sessions auxquelles j'ai pu participer) mais les écueils qui font que l'Aïkido manque parfois de réalisme martial étaient également bien présents dans la pratique du Daïto-ryu. L'aspect très éduqué des attaques (à part un Aïkidoka qui attaquerait en shomen ou yokomen ?), le manque d'approche tactique globale de l'attaquant, l'absence d'enchaînement ou de réaction de l'attaquant, l'absence de feintes ou d'armes cachées... autant d'éléments qui rendent la pratique martiale très différente des dangers de la rue. Ces écueils sont d'ailleurs partagés par la plupart des Arts Martiaux et sont plus liés aux méthodes d'apprentissages qu'au potentiel d'efficacité des différentes disciplines.

Il faut aussi constater que la pratique des bases en Daïto-ryu est plus statique qu'en Aïkido. La pratique de l'Aïkido permet d'accéder rapidement à une pratique dynamique moins austère et plus plaisante. Mais ce dynamisme peut aussi servir à masquer des défauts... en Daïto-ryu c'est impossible !

Je ne pense donc pas que le Daïto-ryu soit une réponse miraculeuse à la recherche d'efficacité de certains Aïkidokas. On trouve toujours l'herbe du champ d'à côté plus verte !

Tout autant que l'Aïkido, le Daïto-ryu Aïkijujutsu est une discipline complexe et passionnante qui demande beaucoup de travail et de rigueur. Mon grand regret a été de ne pas pouvoir faire l'intégralité du stage ! J'espère vraiment avoir l'occasion de renouveler cette expérience. De plus ce fut un très beau moment de partage et d'échange martial !

Droit gérés : Arts Martiaux Sans Frontières

Droit gérés : Arts Martiaux Sans Frontières

Rédigé par gonojukan

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