Entretien réalisé par Julien
Gonojukan – Bonjour Hervé, peux-tu nous présenter ton parcours d’Aïkidoka ?
H.G. - J’ai débuté l’Aïkido en 1972. Auparavant, je pratiquais le judo. A l’époque où je faisais du
judo,les catégories de poids n’existaient pas. Il était nécessaire d’affronter tous les gabarits. La compétition était incontournable pour passer des ceintures et
professionnellement, je ne pouvais pas suivre. J’ai donc arrêté les arts martiaux, très peu de temps car cela me manquait. Je cherchais un art martial qui
puisse me satisfaire. J’ai alors découvert l’Aïkido que je ne connaissais pas. J’étais à Lyon à l’époque, et j’ai essayé. J’ai été bien accueilli et l’essai s’est bien passé,
c’est important pour commencer quelque chose. Le temps passant, l’Aïkido est devenu non pas indispensable, mais une passion.
J’entre dans ma trente neuvième année.
Mon parcours c’est l’usure de kimonos, c’est d’avoir été Uke de nombreuses années, c’est beaucoup d’heures par
semaine ainsi que beaucoup de stages et cela continue.
C’est avoir été une vingtaine d’années avec B. Palmier, d’avoir suivi les stages des maîtres – C.
Tissier (encore maintenant d’ailleurs) – Yamaguchi – Tada - Tamura – Noro – Endo – Yasuno – Myamoto – et d’avoir eu la chance de me rendre plusieurs fois à
l’Aïkikaï.
Gonojukan – Par rapport à cette pratique, peux-tu nous présenter ta recherche actuelle
?
H.G. - La recherche n’est pas actuelle elle est continuelle, elle évolue avec les années,
l’expérience (pas le nombrilisme ni la possession du savoir) permet de rajouter des pierres à l’édifice. La prise de contact, le maintien du contact, la conduite du
partenaire, la non opposition, l’anticipation (de aï, ju no sen, sen no sen, ki musubi, ki nagare) sont des axes d’étude qui ouvrent beaucoup
d’horizons (placements, direction, centrage, mobilité, puissance…). En fait il s’agit de la recherche du geste le plus pur.
Notre discipline est un Art donc il n’y a pas de fin à la recherche, mais la nécessité d’un retour continuel
aux bases.
Gonojukan – Au cours de tes nombreux voyages, as-tu eu l’occasion de pratiquer dans
d’autres pays ?
H.G. - Les déplacements professionnels ont été pour moi l’occasion de pratiquer en Europe, en
Asie et sur le continent Nord Américain, je n’ai pas eu l’occasion de pratiquer lors de mes déplacements sur le continent Africain.
Gonojukan – As-tu constaté des différences ? L’Aïkido est-il pratiqué de manière très
différente d’un pays à l’autre, tant du point de vue technique que de l’esprit ?
H.G. - Bien sûr des différences existent, de par la culture, les difficultés de vie, les possibilités
d’avoir l’occasion de pratiquer avec des experts, quelques fois cela ressemblait vraiment à de la self défense. Globalement les techniques de base étaient
reconnaissables, mais dans certains pays un esprit guerrier dominait je pense que depuis les mentalités ont dû évoluer.
Il faut bien reconnaître qu’avec notre manière de pratiquer il est possible de nous adapter à des formes
différentes et après constat je peux dire que ce n’est pas toujours le cas pour d’autres formes d’études.
Gonojukan – Le nombre de pratiquants d’Aïkido en France diminue. A ton avis, quelles
peuvent en être les causes ? Et as-tu des idées pour y remédier ?
H.G. - Vaste sujet et nul n’est prophète dans sa discipline.
Peut être pouvons nous nous interroger :
- L’Aïkido est-il un Art Martial ?
- L’Aïkido répond il à des formes d’agressions ?
- Est-il présenté comme un art de défense ?
- Faut-il des qualités physiques /L’Aïkido apporte-t-il des qualités physiques ?
- Par manque de pratique, d’ancienneté, de connaissance … dans beaucoup de cas la
philosophie remplace la technique ?
- Doit-on transpirer de nombreuses fois et s’entraîner régulièrement pour acquérir la connaissance et la
construction des techniques qui plus tard donneront la liberté de pratique, de mouvements, de pensée ?
- Le pratiquant irrégulier (activité physique pour se défouler un peu) a-t-il les mêmes droits qu’un
pratiquant assidu qui s’investit dans la discipline ?
- Y a-t-il une majorité de D.T.R. très anciens à leur poste ?
- Faut-il des D.T.R plus jeunes encadrés par les anciens D.T.R. ?
- Les attaques doivent-elles êtres sincères, généreuses pour permettre aux deux partenaires de progresser
?
- Le comportement d’Uke, l’apprentissage des chutes pour ne pas se blesser ne voudraient ils pas dire qu’il y
a une forme de violence ?
- Serait-il plus judicieux de dire « Clémence » et pas « Non Violence » ?
- La compétition n’est-elle pas très présente en dehors des tapis ce qui gêne la pratique sur le tapis
?
- Sont-ils nombreux ceux qui font de l’Aïkido leur activité principale par défaut ?
- ………………………..
Encore beaucoup de questions de ce type auxquelles la réponse est OUI.
- Lors des passages de grades une telle disparité des résultats entre jury est-elle acceptable ?
- Lors des examens B.F est-il acceptable que le résultat frôle les 100% ou soit de 100% ?
- Les professeurs ont-ils des stages de recyclage ?
- Dans notre communication sommes nous tournés vers l’extérieur ?
- ……………………
Encore plus de questions de ce type auxquelles la réponse est NON
La Non Violence, la Paix sont, certes, des notions importantes mais qui prennent naissance, corps, dans
l’esprit des pratiquants après quelques années d’exercices. L’Aïkido est une discipline martiale qui dans son application fait preuve de clémence pour préserver l’intégrité
(morale et physique) des protagonistes.
L’Aïkido est une discipline qui demande des qualités physique, de l’engagement, de la rigueur, de l’assiduité
c’est un discours que les jeunes peuvent comprendre et accepter, la dimension philosophique viendra en son temps.
Le Créateur de l’Aïkido n’a-t-il pas tout au long des années forgé son corps ?
Nous attirons par notre discours sur l’Harmonie, l’Amour, la Paix un public qui ne s’attend pas à
être confronté à lui-même – ego, résistance et endurance physiques, capacité à se mouvoir, capacité
à observer, écouter et reproduire…..-
Est-ce que c’est le public qui ne comprend pas nos arguments ou est-ce que ce sont nos
arguments qui ne correspondent pas au
public ?
Il sera bien nécessaire à un moment ou à autre de penser à l’avenir et de comprendre que plusieurs courants
peuvent coexister à l’intérieur d’une même structure en préservant l’esprit martial de notre Art et la qualité de l’enseignement.
Gonojukan – Tu as débuté l’Aïkido en 1972. Depuis que tu pratiques l’Aïkido, quelles sont
les évolutions qui t’ont le plus marqué ?
H.G. – Au départ il y avait surtout des professeurs de Judo qui enseignaient l’Aïkido, puis il y a eu
les enseignants spécifiquement Aïkido ce qui a changé la manière d’aborder cette discipline et l’étude de celle-ci, puis aujourd’hui on se dirige vers une
chorégraphie et un discours qui ne correspond pas à notre époque. Je crois bien que je préférais les professeurs de Judo.
Gonojukan – Merci d’avoir bien voulu répondre à ces quelques questions. Pour finir, peux-tu
nous dire quel fut ton plus beau moment sur un tatami ?
H.G. – Il n’y en a pas eu qu’un seul, quelques uns m’ont fortement touché. En fait tous les
moments sont beaux sur un tatami, lorsque la sincérité est présente et que l’envie de progresser conduit, mais le plus beau moment est certainement celui à
venir.
Merci de vous intéresser à mon parcours.