Stage Iwama Ryu

Publié le 20 Avril 2009

Article publié par Stéphane

Samedi 11 avril a eu lieu un stage dirigé par Franck Brady à Besançon au centre Omnisport Pierre Cropet. Franck Brady est un élève de Daniel Toutain, chef de file du mouvement Iwama Ryu en France. 


Franck est ceinture noire 3ème Dan et enseigne à Vesoul, dirigeant régulièrement des stages au niveau régional pour promouvoir l’école d’Iwama. Pour ceux qui ne la connaissent pas, l’école d’Iwama est issue du travail de Saïto Senseï qui est le haut-gradé ayant étudié le plus longtemps après-guerre auprès de Morihei Ueshiba (Gozo Shioda Senseï, fondateur du Yoshinkan Aïkido, étant l’élève qui a étudié le plus longtemps auprès de O Senseï avant-guerre). Après la guerre, O Senseï s’est en effet retiré à Iwama où il enseignait son art à Saïto Senseï, tandis que son fils et Koichi Tohei dirigeaient et enseignaient à l’Aïkikaï, oeuvrant au développement et à ”l’exportation” de l’Aïkido. O Senseï étant très rarement présent à l’Aïkikaï, tous les haut-gradés qui ont débuté l’Aïkido après-guerre au Hombu Dojo ont essentiellement été les élèves de Kishomaru Ueshiba et Koichi Toheï Senseï.

 


La recherche d'un Aïkido originel

Le fondement de l’école d’Iwama est que, au vu de ces éléments historiques, le véritable Aïkido de O Senseï ne peut se retrouver que dans le travail de Saito Senseï, malheureusement décédé en 2002. Ce raisonnement est peut-être à nuancer : Saito Senseï ayant un gabarit très différent de celui de O Senseï, il est probable qu’il a eu sa propre interprétation des techniques, comme tout aïkidoka, même s’il s’est efforcé de respecter la technique originelle. Ensuite il faut prendre conscience que l’Aïkido de O Senseï n’a cessé d’évoluer tout au long de sa vie et qu’il a toujours refusé de codifier les techniques, refusant de “figer” l’Aïkido qui, selon lui, devait continuer d’évoluer. Pour les pratiquants du style Yoshinkan c’est l’Aïkido de Gozo Shioda, l’Aïkido d’avant-guerre (alors appelé Aïkibudo par O Senseï) qui est le véritable Aïkido de O Senseï. Cette volonté de garder intacte les techniques peut aussi se voir comme un refus d’accepter que des pratiquants de grand talent aient pu contribuer à l’évolution de l’Aïkido.


Lorsqu'on échange avec les pratiquants des différents styles issus d'Iwama, on se rend compte que cette motivation pour la recherche d’un Aïkido originel est souvent axée sur la recherche d’une “efficacité” qui se serait perdue dans l'Aïkido de l’Aïkikaï. Les pratiquants de l'école d'Iwama sont souvent issus des fédérations classiques qui ne leur donnaient pas satisfaction. L’Aïkido de Tamura Senseï ou Tissier Senseï ne leur semble pas “fonctionner”... Pour avoir souvent eu l’occasion de côtoyer ces deux grands Maîtres en stage, il m'est difficile de partager ce raisonnement. Tamura ou Tissier ont tous deux un Aïkido très efficace (j’ai quelques souvenirs particulièrement cuisants de l’un et de l’autre...). Par contre, il est certain que les petits pratiquants que nous sommes ne parvenons pas toujours à en comprendre ou à reproduire les mécanismes subtils, et s’il y a une déperdition d’efficacité à déplorer, nous en sommes seuls responsables. Tout aïkidoka s'interroge régulièrement sur l'efficacité de son travail et ce questionnement est salutaire, mais pour retrouver l'efficacité primitive de l'Aïkido ne faudrait-il pas plutôt retourner aux sources du Daïto Ryu Aïkijutsu ? 
Quant on interroge Richard Douieb, représentant officiel pour le Krav-Maga* en France sur l’efficacité de sa discipline par rapport aux autres arts martiaux, il explique que l’efficacité ne vient pas de l’art martial pratiqué mais de l’homme (ou de la femme) qui l’applique... Une réflexion à méditer ! C’est en nous qu’il faut trouver les erreurs et les faiblesses de notre discipline.

Les armes d'Iwama

De nombreux aïkidokas de toutes nationalités, insatisfaits de leur étude, sont allés travailler sous la direction de Saito Senseï à Iwama, un Aïkido qui leur semblait plus proche d’une certaine vérité. Ainsi, Daniel Toutain a débuté l’Aïkido auprès de Noro Senseï, puis a longuement étudié auprès de Tamura Senseï, et a finalement suivi l’enseignement de Saito Senseï pendant une dizaine d’années avant de créer sa propre école au sein de la FFAB : le style Iwama Ryu. De nombreux élèves de Saito Senseï ont ainsi créé leur propre Ryu, Saito Senseï s’étant lui toujours refusé à différencier son Aïkido du style Aïkikaï et s’étant refusé à reconnaître une école en particulier. Il y a donc différents mouvements qui se réclament d’Iwama, mais l’Iwama Ryu de Daniel Toutain est le mouvement le plus important, et sans doute le plus crédible en France. La qualité de son travail est reconnue par tous. La particularité des écoles d’Iwama est d’accorder une part beaucoup plus importante à l’étude des armes (Aïkiken et Aïkijo) que ne le font la FFAAA ou la FFAB. Ainsi pour Christian Tissier l’étude des armes en Aïkido n’est pas une nécessité, tandis que les élèves de Daniel Toutain la placent au coeur de la pratique.


Le kata des 31 frappes

Le lien entre la pratique aux armes et celle à mains nues est le fil directeur de l’apprentissage. Lors du stage de samedi, nous avons passé quatre heures à étudier sans relâche le kata des 31 frappes (Aïkijo). Ce stage a réuni une trentaine de participants de tous horizons. Le beau temps nous a permis de pratiquer agréablement en plein air, sous l’oeil intrigué des chevaux du centre omnisport... 
Nous pratiquons régulièrement ce kata en club, mais nous avons découvert de petites nuances dans les placement des mains ou des pieds. Franck nous a fait ensuite travailler le kata à deux, Tori réalisant le kata et Uke la réplique (les contrôles). Une étude très intéressante ! 
 

Le travail de Franck est très cohérent et même si notre approche de l’Aïkido est différente et si nous avons choisi des voies différentes, avec des “référents” différents, cet approfondissement de l’étude des armes est effectivement très enrichissant. A mon sens, la distinction entre les différents niveaux de pratique en Aïkido est dans l’utilisation globale du corps (unité esprit-corps-technique), l’utilisation prononcée des hanches et une compréhension profonde des principes fondamentaux (gestion de la distance et du temps, centrage, travail des axes, shiseï, qualité de la prise de contact...). Ces qualités se retrouvent chez tous les techniciens de haut-niveau, quel que soit leur style ou leur fédération, qu'ils soient les élèves de Tamura, Tissier ou Toutain.

Au final, bien que je sois pour ma part persuadé de l'efficacité profonde de l'Aïkido de Christian Tissier dont l'approche me correspond parfaitement, j'ai été plutôt séduit par cet étude du travail aux armes et j'ai trouvé l'expérience très positive ! Merci à Franck et Christian pour l'organisation de ce stage, qui a eu le rare mérite de réunir différentes sensibilités sous le signe du partage et de la convivialité.


* Discipline de self-défense pratiquée par l’armée israélienne et enseigné à de nombreux services d’interventions.

Rédigé par gonojukan

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