Le code en Aïkido

Publié le 25 Mai 2009

Article publié par Stéphane

Chaque pratiquant est confronté tôt ou tard à la notion de code en Aïkido. Le néophyte qui pousse la porte d’un dojo mû par des motivations martiales est souvent persuadé que l’enseignement des Arts Martiaux correspond à une certain “réalité” et se doit donc de respecter un certain réalisme. Il y a dans cette vision des choses une idéalisation, pour ne pas parler de désinformation voire de mystification, dont nous somme tous victimes. Ce décalage nourrit des attitudes d’opposition, de résistance voire de septicisme à l’entraînement qui peuvent conduire à une profonde désillusion lorsque le débutant comprend qu’on respecte un code tacite dans la pratique de l’Aïkido.

Ce code est un contrat entre Tori et Uke, l’attaque de Uke étant définie à l’avance ainsi que la réponse technique de Tori, qui conditionne à son tour le comportement de Uke qui subit la technique (ukemi). Ce contrat moral permet à Uke et Tori de travailler conjointement dans un environnement sécure. La façon, prédéterminée, dont Uke doit réagir à la technique de Tori doit lui permettre de la recevoir en protégeant son intégrité physique. Ce contrat est souvent assimilé à de la complaisance... et la conclusion est sans appel : “l’Aïkido ça ne marche pas, c’est de la danse”.


C’est encore pire pour des pratiquants confirmés qui pratiquent des années durant dans l’illusion d’une certaine efficacité et qui se rendent compte un jour que tout repose sur un code qui n’existe pas en dehors de l’entraînement au Dojo. Comme le dit souvent Christian Tissier en stage : “l’Aïkido repose sur un code, cela ne signifie pas que cela ne marche pas mais que l’application est différente de l’exercice, plus courte, plus directe”. La forme appliquée de la technique est donc différente de la forme pédagogique destinée à l’apprentissage.

L’entraînement au dojo est un exercice pédagogique, une simulation qui doit se faire en toute sécurité et qui est forcément différente d’une application réelle dans une situation de combat. On n’apprend pas à conduire en étant largué au volant d’une Formule 1 un jour de Grand Prix... ce serait la catastrophe assurée ! D’autre part on respecte un certain nombre de règles lorsqu'on apprend à conduire, qui deviennent avec l’expérience des automatismes et qui sont alors gérés différemment.


Le code dans les autres disciplines...

Cette notion de code contrarie bien des pratiquants désireux de réalisme martial. Il faut cependant bien avoir à l’esprit que chaque discipline martiale repose sur des codes ou règles et que l’Aïkido n’est pas une exception.

Ainsi en boxes pieds poings, le port des gants conditionne la garde ou la manière de frapper. Celles-ci étaient différentes avant l’apparition des gants au milieu du 19eme siècle (on a tous déjà vu des films dont l’action se situe à cette époque et dans lesquels des gentlemen boxeurs font des petits moulinets avec leurs poings). Les os d’une main sont plus fragiles qu’une mâchoire, donc on ne frappe pas de la même façon avec ou sans gants.



Les interdictions de frapper certaines parties du corps influent sur la garde utilisée. Ainsi en Kyokushinkaï l’interdiction de frapper au visage avec les poings conduit les combattants à adopter une garde basse en distance courte. Ce serait très dangereux dans une situation de combat sans règles (la tête est la cible principale des agressions physiques depuis l’aube de l’humanité).

En Karaté Shotokan, les règles privilégient le travail à la touche (le KO est éliminatoire pour celui qui en est responsable) et le combattant peut donc prendre des risques si cela lui permet de marquer le point. Dans la réalité, marquer un coup en prenant le risque d’en prendre trois en retour est une stratégie pour le moins dangereuse...

En Judo, le combattant va essayer de protéger ses jambes en les mettant en arrière pour éviter le balayage mais va exposer sa tête puisqu’il ne risque pas d’être frappé. Le Judo est issu de certaines formes jujitsu destinées au combat en armure, les coups n’avaient donc que peu d’utilité.




Quant au combat libre que certains, mal documentés, assimilent à du combat sans règles, il a aussi ses codes : un contre un, dans les limites d’un ring, les coups dans les parties ou dans les yeux étant interdits... Il y est plus facile d’emmener un adversaire au sol que dans la rue où vous pouvez avoir à faire à plusieurs assaillants et où une arme peut jaillir à tout moment d’une poche. D’ailleurs, en Vale Tudo brésilien, plus permissif que le Free Fight américain, le combat au sol s’embarrasse moins de techniques : celui qui a le dessus se contente de frapper comme un bûcheron jusqu’à ce que celui du dessous soit KO. Les règles influencent donc fortement les choix stratégiques et techniques.


L’influence du contexte historique...

Il faut aussi considérer que souvent les arts martiaux sont nés dans un contexte historique bien particulier. Ainsi les techniques de ciseaux des arts de combat vietnamiens étaient destinés à désarçonner des cavaliers (les envahisseurs mongols) en tendant des embuscades depuis des positions dominantes. Pas évident dans le contexte actuel...

A l’autre extrême en Krav-maga, discipline de combat mise au point par l’armée israëlienne, vous apprenez à faire face à un agresseur muni d’un fusil d’assaut... là aussi on est loin de notre quotidien (heureusement).

L’Aïkido est l’héritier “moralisé” (ou spiritualisé) de l’Aïkijutsu, qui s’est développé dans un contexte martial particulier : les bushis ou les samouraïs étaient par exemple toujours armés de plusieurs “lames” et cette caractéristique a eu un rôle important dans le développement des techniques. Dans l’enseignement traditionnels des Bujutsu, les élèves étaient sélectionnés par l’enseignant qui ne gardait que les meilleurs et seuls quelques élus recevaient la totalité de l’enseignement dont une partie étaient dite cachée (Okuden).

D’autre part la formation des guerriers d’élite de l’époque féodale au Japon comprenait 18 disciplines différentes (dont la nage de combat). On est donc loin de notre pratique sportive d’aujourd’hui...



Une nécessité pédagogique

Chaque Art Martial a donc ses codes ou ses règles du jeu. Et chaque discipline demande des aménagements si on veut qu’elle colle à une réalité moins prévisible. Ainsi certains policiers japonais ou américains utilisent des techniques d’Aïkido adaptées aux exigences de leur métier avec succès. Tout est donc une question d’application.

Aujourd’hui, la finalité de l’Aïkido n’est plus de défendre sa vie coûte que coûte sur le champ de bataille, c’est devenu un Budo, une voie d’accomplissement personnel, moral, spirituel et physique par l’étude des techniques issues du Bujutsu. Ces techniques ont été modifiées au passage pour être accessibles au plus grand nombre.

Dans le cadre d’une pratique de loisir, il faut établir des règles pour éviter les accidents et garantir que l’entraînement se fasse dans les respect de chacun, d’autant que la finalité de la discipline n’est plus forcément une mise en application concrète.

Peu d’aïkidokas auront à gérer des situation de conflits physiques dans leur vie si ce n’est une composante de leur profession. Il se serait donc parfaitement inapproprié de prendre des risques inutiles qui aboutiraient au résultat inverse, à savoir être incapable de se défendre en cas de nécessité à cause d’une blessure contractée à l’entraînement !

Refuser ou dénigrer la nécessité d’un code en Aïkido c’est donc se méprendre sur la réalité des Arts Martiaux, de leur pratique contemporaine, de leur apprentissage et de leur finalité.

Rédigé par gonojukan

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