Partager l'article ! Développement de l’Aïkido en France: Article publié par Julien Après avoir augmenté de manièr ...
Article publié par Julien
Après avoir augmenté de manière très significative dans les années 80-90, le nombre de pratiquants d’Aïkido diminue chaque année. Les Aïkidokas vieillissent et le niveau global augmente. Force est de constater qu’il y a de plus en plus d’enseignants et de moins en moins de pratiquants. Au sein du Gonojukan, il nous arrive de partager nos points de vue sur la manière dont l’Aïkido pourrait évoluer en France. Je vous propose dans cet article de partager cette réflexion tout en me gardant bien d’y répondre et d’émettre un quelconque jugement. La première question fondamentale, à mon sens est de savoir si l’Aïkido peut conserver son statut de discipline pratiquée en France dans un état d’esprit Japonais. Peut-on concilier les deux approches ? L’évolution de l’Aïkido doit-elle passer par une augmentation du nombre de pratiquants ?
Après tout, le nombre de pratiquants doit-il nécessairement augmenter ? Rester sur une pratique confidentielle qui ne s’adresse qu’à des passionnés comporte de nombreux avantages en termes de qualité de pratique et de suivi des élèves. Plusieurs professeurs ont fait ce choix et acceptent d’avoir moins d’une dizaine d’élèves à leurs cours. L’Aïkido « authentique » y est préservé. Ces professeurs sont bien souvent bénévoles et ont trouvé un lieu d’entraînement convenable. Ce choix privilégie donc la qualité à la quantité, mais dès qu’il s’agit de participer activement à la vie fédérale, les difficultés surviennent. Dans mon cas, n’étant que 3ème Dan, il est important pour mes élèves et moi-même de recevoir l’enseignement d’autres techniciens plus gradés de notre fédération qui en compte aujourd’hui un grand nombre. L’organisation de stages et la saturation du calendrier apportent de nouvelles pressions comme trouver un lieu permettant une pratique confortable et garantir une participation minimale. Pour le Dojo, les Judokas sont presque systématiquement prioritaires et les participants aux stages seront majoritairement les adhérents du club organisateur. Cela va donc à l’encontre de ce choix de pratique confidentielle. Une solution consisterait à prendre modèle sur des disciplines comme le Yoga ou le Taï Chi Chuan et augmenter les tarifs de manière significative mais qui pourrait se permettre de pratiquer ? De jeunes adultes passionnés d’arts martiaux ? Pas sûr. S’orienter vers ces choix privilégiant la qualité à la quantité implique donc d’accepter de perdre des pratiquants, de les voir vieillir, d’être bien installé dans un Dojo et de s’impliquer de manière mesurée dans la vie fédérale pour un enseignant de mon niveau.
Pour augmenter le nombre de pratiquants, il faut des enseignants diplômés, compétents, impliqués dans la progression de leurs élèves et continuant à se former, un lieu de pratique agréable et confortable, une véritable stratégie de communication et des tarifs dans la moyenne de ceux pratiqués. Les seules ressources d’un club sont insuffisantes pour tout assumer. Les aides de l’Etat et des collectivités territoriales sont nécessaires, ne serait-ce que pour la mise à disposition d’un Dojo. Or, ils n’accordent des moyens que dans les cas bien connus d’une pratique artistique, sportive et/ou éducative.
L’Aïkido, en tant qu’art martial, peut être considéré comme une pratique artistique et pourrait prendre exemple sur la danse. Mais, les organismes publics attendent d’une discipline artistique des représentations (ou des expositions), la constitution d’un public en somme. Cette orientation impliquerait, à mon avis, une intensification des démonstrations d’Aïkido. C’est l’un des modes sur lequel ont beaucoup joué nos techniciens pour intéresser un large public. Le risque serait de tomber dans des formes trop démonstratives, mais beaucoup savent gérer cet équilibre entre démonstration et travail plus interne et personnel.
Faire évoluer l’Aïkido vers le sport implique d’y introduire la compétition. En effet, l’Etat subventionne en priorité les sports compétitifs et parmi eux, les disciplines olympiques qui lui permettent de briller sur la scène internationale. La réponse quasi-systématique est que « la compétition dénaturerait la pratique et l’esprit de l’Aïkido »... Mais rien n’empêche d’y réfléchir sérieusement par soi-même. D’autres arts martiaux l’ont fait. D’autres arts l’ont fait aussi (la danse, le patinage artistique). Certaines écoles d’Aïkido l’ont aussi fait. Soyons honnêtes : la compétition existe en Aïkido, même dans nos fédérations ! Sous-jacente et non avouée : « moi je suis un élève de … (sous-entendu, et il est bien meilleur que…) », « j’ai formé x ceintures noires », « j’ai été le seul à être félicité pour sa prestation lors du passage de grade »… Beaucoup d’Aïkidokas se comparent les uns aux autres. Pas tous, bien évidemment. Il m’est impossible de dire dans quelle proportion. Néanmoins, il est naturel de le faire, ça nous permet de savoir où on en est et ça prouve qu’on ne pratique pas tout seul dans sa bulle mais qu’on fait aussi attention aux autre Les compétitions pourraient prendre modèle sur les passages de grade Dan (et non l’inverse car ce sont deux types d’épreuves qu’il faut bien distinguer). On pourrait aussi imaginer un système de démonstrations techniques effectuées et préparées en club avec un partenaire. La difficulté technique et la qualité de la prestation seraient notées par un jury. On pourrait aussi imaginer qu’une partie de la note puisse s’appuyer sur une prestation effectuée avec un partenaire inconnu. Cette orientation présenterait des avantages tels que la remise en question de sa pratique, la recherche de la perfection du mouvement préparé. N’est-ce pas ce que nous sommes déjà censés rechercher ? Administrativement, l’accès aux Dojos serait plus aisé, des entraîneurs, techniciens régionaux et nationaux pourraient être rémunérés par l’Etat. Voir des compétitions d’Aïkido permettrait peut-être aux non initiés de faire enfin la différence entre l’Aïkido et « le truc avec les bâtons ». La pratique n’est pas non plus tenue de tomber complètement dans la compétition ; des créneaux pourraient y être réservés tandis que d’autres seraient dédiés à une pratique plus traditionnelle. N’est-ce pas déjà le cas lorsque des élèves préparent leur passage de grade ? D’un autre côté, les risques sont nombreux et l’Aïkido tel que nous le connaissons et le pratiquons pourrait en pâtir. Suivre ce chemin nécessiterait d’être vigilant, d’avoir toujours à l’esprit que l’Aïkido est une pratique pour soi avec les autres et de ne se servir de la compétition que comme un outil nous permettant de progresser, se remettre en question et se perfectionner. Néanmoins, beaucoup de pratiquants sont venus à l’Aïkido parce que, justement, il n’y avait pas de compétition, pour trouver et défendre leur propre place et non l’imposer de manière plus ou moins agressive !…
Il reste donc la voie éducative. Et l’Aïkido est en effet un système éducatif (un « Dô ») qui ne s’arrête pas à la connaissance d’un répertoire de techniques. L’Etat et les collectivités territoriales sont prêts à donner des aides pour le développement de disciplines éducatives, à condition qu’elles soient dédiées aux jeunes. Au regard de la situation actuelle, s’orienter sur cette voie signifierait intensifier et promouvoir l’Aïkido auprès des jeunes. Un effort de formation, de promotion, et de valorisation des enseignants des sections jeunes. Les enseignants des sections jeunes ne sont en effet, pas toujours suffisamment mis en avant. Ces cours sont même souvent assurés par des moins gradés ou par des enseignants considérés comme des assistants des sections d’adultes alors qu’il faut être extrêmement compétent techniquement et pédagogiquement pour mener un vrai cours d’Aïkido à un groupe d’enfants. La moyenne d’âge des 550 000 pratiquants de Judo est de 6 ans ½ ! Et beaucoup d’enfants arrêtent le Judo à cause de la compétition. L’Aïkido pourrait être une véritable alternative et recevoir d’énormes moyens en s’orientant dans ce sens. Il y aurait peu de risques d’altérer la nature-même de notre pratique et de permettre aux jeunes débutants de continuer à pratiquer toute leur vie, tout naturellement, sans discontinuer. Nous avons été ces dernières années plutôt incités à nous tourner vers les séniors car c’est ce que nous devenons... Loin de devoir les négliger, ne devrait-on pas plutôt nous orienter vers les plus jeunes ? A 70 ans, préférerons-nous pratiquer entre septuagénaires ou avec de jeunes adultes ? Les contraintes physiques sont-elles plus importantes à 6 ou à 70 ans ?... Les enfants sont moins disciplinés, demandent plus d’attention, d’imagination, de renouvellement, de remise en question et d’efforts, certes, mais ce sont aussi des qualités à développer pour mener des cours d’Aïkido aux adultes, non ?
