Interview exclusive de Gilbert Maillot

Publié le 5 Novembre 2010

Article écrit par Julien

 

Gilbert Maillot est membre du Collège Technique de la Fédération Française d’Aïkido et Arts Affinitaires, 5è Dan et diplômé d’un BEES 2 spécialité « Arts Martiaux – Aïkido ». Depuis plus de dix ans, Gilbert a formé de nombreux enseignants d’Aïkido dans le cadre des formations fédérales (écoles des cadres, formation aux examens du Brevet d’Etat d’Aïkido). A l’occasion du stage à Besançon – Vesoul d'octobre 2010, nous avons cherché à en savoir un peu plus sur ce qu’il pensait de l’avenir de l’Aïkido... 

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Gonojukan – Bonjour, Gilbert. Cette saison encore, tu animeras pour la troisième fois un stage pour les enseignants des sections enfants et adolescents. D’après toi, quelle est la place de la pratique des jeunes au sein des clubs et de notre fédération ?

 

 

Gilbert Maillot – Les jeunes ont en eux-mêmes une joie de vivre. Elle est communicative. C’est de l’énergie à l’état pur. Il suffit d’entrer dans cette dynamique avec eux. A partir de cette connivence de départ il va s’instaurer une confiance réciproque permettant de les guider dans la découverte de notre activité. Ce qui me plait c’est l’intensité de la communication dans ces moments là. Si on se met à leur portée les jeunes nous apportent beaucoup sur notre propre vécu de l’Aïkido ! Ils nous amènent à nous remettre en question. L’égo en prend un coup mais on abandonne ses illusions pour entreprendre la simplicité. Avec les enfants pas de balivernes. On va à l’essentiel. On découvre et on se construit ensemble.

 

G - D’après toi, quelle est la place de la pratique des jeunes au sein des clubs et de notre fédération ? 

 

GM – La section jeunes est souvent le « parent pauvre » d’un club. Je veux dire qu’elle vient le plus souvent compléter accessoirement la section la plus valorisée, celle des adultes. Dans ce créneau on place fréquemment un animateur moins gradé ou moins qualifié. Ce qui veut dire que ce n’est pas là qu’on attend les meilleurs résultats. On peut le comprendre dans la mesure où la formation des enseignants jeunes n’est pas encore entrée dans les moeurs. Mais il faut miser sur elle pour que les enfants persistent dans leur pratique et bénéficient des valeurs éducatives qu’ils sont en droit d’attendre de l’Aïkido. 

 

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G – On le constate dans notre région, les plus gros clubs sont ceux qui ont une ou plusieurs sections « jeunes ». A ton avis, quels sont les avantages qui peuvent en être retirés par les jeunes pratiquants, les enseignants, les clubs, les ligues et la fédération ? 

 

GM – Il est vrai que la réussite d’un club se mesure à son effectif. L’envisager par le biais des enfants ouvre des perspectives de remplir les Dojo et donner ainsi de la crédibilité à tous les niveaux de la structure fédérale. Les pouvoirs publics nous y encouragent en termes de subventions et même d’intérêt accordé à notre activité. Il est clair que nous sommes mieux considérés si nous participons à l’éducation des plus jeunes. C’est à vrai-dire la mission première accordée par l’état à la vie associative. Alors créer une Section Jeunes indique que nous allons dans le sens d’une action sociale et culturelle. 

 

G – D’autres fédérations d’arts martiaux basent leur développement essentiellement sur les sections jeunes. Penses-tu que ce devrait être aussi le cas pour l’Aïkido en France ? 

 

GM – Le premier principe de l’Aïkido est la non-compétition. Pour cette raison nous avons du mal à faire venir les jeunes. Nous le savons et nous l’acceptons. Néanmoins nous sommes convaincus que les valeurs éducatives que nous dispensons pourraient être entendues et reconnues comme fondamentales pour l’éducation des jeunes. C’est l’encadrement qui nous manque. C’est-à-dire des enseignants qualifiés pour cela. Tant que nous n’aurons pas mis en place des modules de formation efficaces il nous sera difficile de prendre la même option que les autres fédérations. 

 

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G – En tant que membre du Collège Technique de la FFAAA, sur quoi le développement de l’Aïkido en France s’appuie-t-il ? Une tendance se dégage-t-elle ? Des questions sont-elles à l’étude concernant le ciblage ou l’élargissement du public, l’enseignement à de nouvelles pratiques connexes ou l’introduction de pratiques compétitives ? 

 

GM – La catégorie d’âge qui connait une évolution depuis plusieurs année est celle de plus de 46 ans. Cette tendance nous invite à considérer la pratique sous l’angle de la santé ou du bien-être. Mais est-ce le souhait des techniciens ? Je n’en suis pas convaincu. Par ailleurs nous sommes interpelés par un autre public. Celui des handicapés. Une réflexion est menée actuellement pour les intégrer dans notre pratique. 

 En revanche la compétition représenterait une dérive que personne n’approuve. 

 

G – Depuis quelques années, le nombre de Brevets d’Etat d’Aïkido a fortement augmenté. Penses-tu que la professionnalisation soit indispensable au développement de l’Aïkido en France ? 

 

GM – Toutes les bonnes volontés sont appréciables pour assurer le développement d’une activité. Nous n’allons pas faire de ségrégation. Néanmoins une fédération a tout intérêt à se doter de compétences. Le BF prépare à l’exercice bénévole avec une formation donnant de réelles aptitudes à l’enseignement. Le BE pousse plus loin les exigences et ouvre la porte au professionnalisme. Il est vrai que l’on constate une recrudescence de candidats. C’est une bonne nouvelle. La professionnalisation offre l’avantage d’une implication plus forte des professeurs. Reste la question du « marché » dont ils pourront bénéficier. Car il faut bien parler de « clientèle » pour assurer leur subsistance. 

Sont-ils à même de la développer ? Le contexte socio-économique s’y prête t-il ? Les actions fédérales vont-elles dans le sens d’une augmentation d’effectif ? 

Il nous faut mettre en oeuvre simultanément tous ces aspects. 

 

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G – Merci beaucoup pour ces réponses. Au cours de tes derniers stages, deux mots ressortaient plus particulièrement : « confort » et « simplicité ». Pour finir cette interview, peux-tu nous en dire plus sur ta recherche personnelle actuelle ? 

 

GM – En avançant sur le chemin de l’Aïkido ce sont les qualités durables qui retiennent mon attention. Celles qui répondent aux principes inhérents à la discipline d’une part et qui conjointement procurent une amélioration dans le temps. Pour ces raisons j’évoque le confort pour signifier l’aisance dans toute action menée avec son partenaire. Se mouvoir sans effort pour assurer sa protection et pour agir sur l’assaillant. La simplicité en découle car elle suppose qu’on évacue tout ce qui est inutile : La gesticulation, l’empressement, les tensions, les résistances. Tout ceci participe à un principe. Celui de « l’économie ». Il rejoint ce qu’on appelle « l’efficience » qui désigne la capacité à obtenir un grand résultat avec peu de moyens. 

Tout un programme me direz-vous !? C’est pour cela que nous sommes si souvent sur le Tatami. 

Un travail de longue haleine et à entreprendre à quelque niveau que ce soit de la progression. 

 

G - Merci Gilbert.

 

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Rédigé par gonojukan

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