Publié le 15 Juillet 2009

Article publié par Stéphane


J’ai entendu la réflexion suivante de la part d’un pratiquant qui se plaignait que certains styles d’Aïkido n’étaient à ses yeux que de la danse : “l’Aïkido c’est un Budo, on le perd de vue, mais c’est un truc de guerriers, ça doit marcher !”.

 


 

Quelques rudiments d’histoire


Bien que je comprenne sa réflexion qui met le doigt sur une certaine démartialisation de l’Aïkido, il me semble important de rappeler quelques notions d’histoire des arts martiaux pour mieux redéfinir la notion de Budo.


Au commencement étaient les Bujutusu qui signifie techniques de guerre (ou de paix puisque que la signification exacte est “l’art d’arrêter la lance”). Ce sont les arts martiaux dits traditionnels, exercés par les guerriers japonais de l’époque féodale, les bushis. On parle de Ko ryu pour les écoles anciennes ou de Bugei.


Bujutsu est donc un terme générique qui ne définit pas une école particulière, tout comme le terme "jujitsu" (aujourd’hui “déposé” par certaines disciplines) est originellement un terme générique définissant les styles d’arts martiaux qui utilisent des principes “souples”.


Lorsque le Japon a été unifié au 16 ème siècle, les bushis se sont trouvés fort désoeuvrés. Pour éviter qu’ils sèment le trouble dans les campagnes et afin de pacifier le pays, la classe guerrière a été transformée en une classe de “fonctionnaires” lettrés (d’où le terme "samouraï" qui signifie "servir"). L’étude des techniques de combat s’est perpétuée de manière traditionnelle mais en évoluant. Alors que le bushi était certain de devoir mesurer l’efficacité de ses techniques sur un champ de bataille à plusieurs reprises au cours de sa vie, le samouraï pouvait ne jamais avoir à combattre. Les techniques se sont donc codifiées, raffinées, complexifiées, leur étude devenant un exercice parfois plus intellectuel que pratique. C’est à ce moment que le Bushido, code d’honneur des bushis, est devenu le symbole de la caste des samouraïs, tout comme l’idéalisation de la chevalerie et de l’amour courtois ont eu lieu en Europe une fois la féodalité sur le déclin.


Les bujutsus ont donc lentement évolué pour devenir des budos. Le but n’est plus la technique et son efficacité guerrière (jutsu) mais l’étude des techniques de combat, qui devient le moyen d’un accomplissement personnel, une voie (do).


A la fin du 19eme siècle, le Japon décide d’entrer de plein fouet dans la modernité et tout ce qui renvoie au Japon féodal est méprisé. La caste des samouraïs est dissoute et le droit de porter le katana est révolu. L’étude des Bujutsus est souvent dénigrée et tombe dans l’oubli.


C’est alors que Jigoro kano, noble japonais, passionné de sport occidentaux (il a créé le premier club de baseball au Japon) et pratiquant de jujitsu décide de moderniser les Bujutsus. Le but était de conserver ce savoir ancestral en le mettant au goût de l’époque. Il va donc en enlever les mouvements les plus dangereux, développer des valeurs morales, occidentaliser la discipline (les systèmes de grades sont inspirés des armées occidentales) et l’adapter à la compétition sportive. Le Jujitsu devient Judo et le principe du Budo va être adapté à d’autre Bujutus (Kendo pour le Kenjutsu, Aïkido pour l’Aïkijutsu).



Distinctions nécessaires


Il faut donc distinguer :

les Bujutusus : techniques martiales traditionnelles pratiquées par les Bushis dont le but est de détruire l’ennemi de la manière la plus rapide et la plus efficace sans limitation morale ou technique.

les Budos : voies issues des Bujutsus, créés entre la fin du 19eme et le milieu du 20eme siècle, dont le but est l’éducation de l’homme tant au niveau physique que spirituel.

 

On distingue aussi aujourd’hui au Japon les Kakutogi qui sont des sports de combat issus des Budo, qui comprennent des versions sportives des Budos ainsi que des disciplines nouvelles à vocation compétitive comme le KickBoxing.
 

Les Goshinjutsus correspondent aux techniques de self-défense et les shin-bujutsus correspondent aux systèmes de combat moderne.



L’Aïkido est un Budo


L’Aïkido fait donc partie des Budos par la volonté de O Sensei qui a transformé le Daïto Ryu Aïkijutsu qu’il a appris de Sokaku Takeda, en Aïkibudo avant-guerre puis en Aïkido après guerre. Il s’est inscrit ainsi dans un mouvement de modernisation et de pacification des Bujutsus. 

 



La finalité des Budos n’est donc pas l’efficacité guerrière mais l’éducation physique et morale de l’être humain par le biais de la transmission de techniques issues des Bujutsus et d’une certaine éthique. Pour ce faire, les techniques originelles ont été codifiées, simplifiées (pour être transmissibles au plus grand nombre) et modifiées de façon à ce que leur étude ne soit pas dangereuse pour les pratiquants.


Il ne faut donc pas s’étonner si cela ne “marche pas” toujours. Le problème est le même pour tous les Budos mais aussi pour les sports de combat qui ne fonctionnent souvent que dans le cadre de règles précises (on parle de code en Aïkido). Le développement du combat libre a prouvé qu’aucune discipline de combat n’avait toutes les solutions et il s’agit pourtant de compétitions sportives très réglementées qui ont peu à voir avec ce qu’un guerrier devait vivre sur le champ de bataille.
 

Les techniques d’Aïkido doivent être lues comme des exercices qui doivent permettre la compréhension de principes martiaux plus importants (et plus efficaces) que la technique elle-même qui n’est qu’un support d’apprentissage. L’Aïkido n’est absolument pas une danse et c’est bien d’un Budo qu’il s’agit. 


Certains peuvent le regretter mais l’enseignement des Bujutsus n’est pas très répandu et il faut s’interroger sur l’efficacité supposée à l’heure actuelle de techniques mises au point dans un contexte historique et guerrier complètement différent. Ne nous méprenons pas, le Bushi actuel n’est ni le pratiquant d’Aïkido, ni le pratiquant d’Aïkijutsu, ni le compétiteur de combat libre mais le légionnaire qui apprend à se servir d’un lance-roquette ou à conduire un char. Cette obsession d’efficacité à des fins sécuritaires ne justifie pas l’investissement nécessaire dans la pratique des arts martiaux quels qu’ils soient. Autant acheter un gros chien c’est plus efficace ! Par contre la pratique des Arts Martiaux doit permettre de vaincre ses peurs, souvent injustifiées. C’est un combat à livrer contre soi-même.



Budo et efficacité


L’Aïkido n’est donc pas, à mon sens, un truc de guerriers qui doit marcher, mais une discipline dont l’étude doit nous permettre de nous épanouir physiquement et humainement. Apprendre à corriger sa posture, à bien utiliser son potentiel physique, à aller vers les autres, établir un contact, communiquer avec l’ensemble de son corps pour mieux gérer les situations de conflit physiques ou psychologiques. Ce sont là les choses véritablement importantes. 


L’application est différente et son échec est souvent la conséquence d’erreurs personnelles, de limitations physiques voire d’une mauvaise compréhension de la technique. A chaque fois que j’ai “échoué” dans l’application de mon Aïkido, de techniques de Judo, de Jujitsu ou lors d’échanges pieds-poings, ce n’étaient jamais la faute de la technique employée ou de la discipline mais simplement ma faute à moi en tant que pratiquant imparfait.


Il m’apparaît plus important de se remettre en question en tant que Budoka que de remettre en question l’Aïkido ou le Budo. Mais si l’on étudie avec opiniâtreté, que l’on cherche à bien intégrer les principes profonds de la pratique, que l’on gratte un peu le vernis “policé” de la technique en s’intéressant aux origines de notre discipline, tout en restant ouvert aux autres disciplines martiales souvent complémentaires, on peut alors assimiler des principes martiaux très efficaces... 

On peut ainsi espérer réconcilier la martialité première des techniques originelles issues de l’Aïkijutsu et perpétuées dans l’étude de l’Aïkido avec l’éducation morale et éthique qui caractérise les Budos. 


Et avec beaucoup de travail, de bons guides et la capacité de se remettre régulièrement en question, ça marchera !

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Rédigé par gonojukan

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Publié le 3 Juillet 2009

 

Article écrit par Aurore

A l'occasion de la fête de la maison de quartier de St Ferjeux, le Gonojukan a pu présenter sa première démonstration de la section Kenjutsu. C'est en soirée et sur un podium devant plus de 200 personnes qu'ont résonné les kiaïs !





Pour cette première année, les cours de Kenjutsu se sont déroulés selon le programme de progression établi par Stéphane. Les kenjutsukas ont ainsi pu découvrir les bases en Aïkiken, Kashima shin ryù et Iaï-jutsu. La section est riche d'un public varié, composé autant de jeunes cherchant à retrouver l'esprit manga que de personnes en quête de paix intérieure. Pas facile de monter sur scène au bout d'un an de pratique, fut-elle assidue ! C'est pourtant le défi relevé par nos élèves, qui ont travaillé leurs mouvements préférés afin de les présenter.




Nous avons ainsi pu dévoiler un art totalement méconnu du grand public, qui s'est montré très attentif : dès les premiers kiaïs, on aurait entendu une mouche voler, puis les lames des iaï-to ont scintillé dans les projecteurs et ont capté toute l'attention.







Les applaudissements chaleureux ont récompensé les efforts de nos élèves volontaires, qui ont su surmonter leur appréhension et leur stress pour faire connaitre leur art. Bravo !

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Rédigé par gonojukan

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