Le shodan de Jean-Christophe

Publié le 3 Juillet 2011

Article écrit par Jean-Christophe


Le 5 juin se déroulait l’examen du premier dan à St Vit. Etape importante dans la vie d'un aikidoka, il s'avère que c'était mon tour de me porter candidat ! Je vais vous raconter cette journée vue de l'intérieur...


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Revenons tout d’abord un peu en arrière, le soir du 4 juin, veille de l’examen. J’ai décidé de me coucher tôt pour être en forme le lendemain, j’ajuste deux réveils différents “au cas où”, j’essaye de me relaxer et je me mets au lit. Côté psychologique je suis sûr de moi : j’ai bien travaillé cette année, mes professeurs sont confiants également, je connais mes techniques, je suis allé repérer les lieux pour ne pas perdre de temps le jour fatidique. Côté physiologique néanmoins, un petite boule de stress viens se placer au creux de mon estomac... Je ne trouve pas le sommeil, puis une fois endormi je suis assailli de rêves revivant des cours d’Aïkido et un début de passage de premier dan avant de me réveiller en sursaut ! Là, étrange sensation, j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose, je regarde le réveil... L’information remonte au cerveau doucement... Je saute en bas du lit, me met à quatre pattes devant le réveil et refais mes comptes... Mince j’ai mis le réveil une heure trop tard !!! Bon pas de soucis, le stress, lui, était bien réglé et m’a réveillé à la bonne heure, ouf ! Je réveille ma compagne (que je remercie grandement pour son soutien tout au long de l’année et également ce jour là), je prends un petit déjeuner tranquillement, essayant de ne pas (trop) penser à ce qui va se passer quelques heures plus tard...

 

Fin prêt mais quand même encore un peu stressé, je me rends donc au Dojo de St Vit. Arrivé sur le parking bien en avance, nous rencontrons immédiatement Alain Guillaume (président de la ligue FFAAA Franche Comté) et Julien Henriet, l’un de mes professeur au Gonojukan. Bon, le stress commence doucement à disparaître, on discute avant de se diriger vers le dojo en essayant de rester calme. Tous les participants arrivent petit à petit mais globalement tout le monde avait beaucoup d’avance. On va se changer, pas un mot dans le vestiaire, chacun concentré sur le programme de la matinée. Puis commencent les échauffements, à ce moment-là, surprise, la petite boule au creux de l’estomac a complètement disparue ! On se sent calme, déterminé, concentré. Une fois bien échauffé, je me retourne et j’aperçois de nombreux amis du club venus m’encourager. Tout le monde me fait des grands signes, ça rigole, ça discute. Ca me fait plaisir. Je reste concentré, les jury arrivent.


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Nous étions dix candidats, il a été décidé de faire deux jurys de cinq candidats. Les jury sont composés pour le premier de Julien Henriet et Régis Mermet, pour le second de Jean-Paul Moine et Richard Perez. Julien étant mon professeur, je ne peux être dans son jury, je me retrouve donc dans un jury composé uniquement d’aikidokas FFAB. Bon, on ne se dégonfle pas, chaque groupe rejoint son jury, un rapide briefing pour nous expliquer comment va se passer l’examen et on retourne s’installer au bout du tatami pour attendre qu’ils appellent le premier candidat. A première vue, le jury prend les candidats dans l’ordre alphabétique ; lorsqu’ils ont annoncé les groupes j’ai été appelé en 2e, je passerai donc probablement en 2e pour mon examen.

 

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Le premier candidat est assez jeune, il choisi son voisin de tatami qu’il semble connaître. Après quelques embrouilles au sujet de la place de Uke et Tori par rapport au jury, son examen commence. Rien d’étonnant au début, suwari waza, hanmi handachi waza, changement de partenaire pour tachi waza et ushiro waza, retour du premier partenaire pour les armes. Petite particularité, le jury, comme il en a le droit, ne nous a pas laissé pas le choix de l’arme. Puis retour du deuxième partenaire pour le randori. Celui-là a terminé, déjà, le veinard ! 

 

C’est à mon tour, je suis serein, tout stress a disparu... d’ailleurs tout à disparu, il ne reste plus que moi, les quatre autres candidats de mon groupe et le jury. Je salue le jury à l’appel de mon nom, je me tourne vers le candidat n’ayant encore pas travaillé, que je ne connais pas, et le salue. Nous récupérons nos armes que nous déposons à coté du jury, nous saluons le jury et nous nous saluons respectivement. A cet instant précis il n’y a plus que moi, mon partenaire et une sorte de voix-off qui m’indique ce que je dois faire. Sur le moment je n’avais pas remarqué, mais un ami du club m’a fait remarqué que le champ de vision semble se rétrécir sous l'effet de la concentration et en y repensant ça me semble exact. Respectant le protocole d'examen, on commence par suwari waza, ça se passe plutôt bien, on enchaîne les ikkyo, nikkyo, sankkyo, yonkkyo de mise en jambe puis les autres techniques sortent de façon un peu plus aléatoire. Jusque-là tout c’est bien passé, mon partenaire est très offensif et il faut réussir à le contenir mais il me semble que je m’en sors pas trop mal. Le hanmi handachi waza se passe un peu moins bien, j’ai du mal à faire descendre mon partenaire et les techniques s’enchaînent plus difficilement, mon partenaire n’étant pas trop dur il accepte quand même les chutes et ne résiste pas trop.

 

Changement de partenaire, me voilà enfin debout pour le tachi waza. Les techniques s’enchaînent bien plus facilement, comme prévu je connais mes techniques et je n’ai pas de trou de mémoire. L'entraînement, ça paye ! Les techniques demandées sont raisonnables, il n’y a pas trop de pièges même si le jury semble affectionner particulièrement les koshi nage, hantise d’un certain nombre d’aikidokas. On me change de partenaire pour le ushiro waza, pas de surprise non plus, tout passe plutôt bien. Mon premier partenaire revient, le jury m’impose le jo, coup de chance c’est ce que j’aurais choisi ! Début du jo dori : le partenaire tient le jo et je dois lui reprendre. Le jury annonce la technique à faire, je n’étais pas habitué, j’avais plutôt l’habitude qu’on me demande simplement un jyu waza (techniques libres). Je me ressaisis de cet instant de surprise, les techniques demandées sont relativement simples et je les connais. On passe alors au jo nage waza : je tiens le jo, sollicite une saisie et fait chuter le partenaire. Les techniques s’enchaînent, le partenaire est bien offensif, il est parfois délicat de le contenir et de l’envoyer chuter de la manière dont je le souhaite. La gestion du partenaire fait aussi partie de l'examen. Puis vient le randori, deux partenaires viennent m’attaquer en mae ryo kata dori, les deux semblent impliqués dans leurs attaques, le jury les encourage à attaquer simultanément au top départ. Je n’ai que peu de temps pour aller de l’un à l’autre. Je reste calme, travaille sur mes déplacements comme on me l'a appris pour ne pas me laisser déborder et tout se passe bien. Mon examen se termine, je salue mon partenaire, nous saluons le jury. Retour au bord du tatami, songeur, repensant à ce que j’ai bien ou mal fait... De toutes façons     comme on dit : alea jacata est !


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Un peu plus détendu, j'observe le passage des autres candidats. Le candidat suivant est un beau gabarit ! Je lui sers de uke pour la partie tachi waza au cours de laquelle il me martyrise le coude sur ude garami. Avec le stress de l'examen, une certaine tension est inévitable, autant pour tori que uke, qui n'est pas toujours évidente à gérer. Néanmoins je m'applique dans mon travail d'uke car l'Aïkido est un tout entre ces deux rôles, le jury en tient d'ailleurs compte pour sa notation. Sur la partie randori, mon partenaire passe des techniques auxquelles je ne suis pas habitué. Surpris, j’ai failli ne pas chuter lorsque, l’approchant pour le saisir, il s'est subitement baissé et mis en boule pour me faucher au niveau des jambes d'un kokyu.

 Le quatrième candidat est celui que je plains le plus : il était passé uke avec les trois candidats précédents avant que ne vienne son tour. Physiquement, la situation d'examen est éprouvante, et il a déjà bien donné. Il choisit une personne qu’il semble connaître (le premier candidat qui l’avait déjà choisi également). Il fait un très bon travail mais on voit qu’il est épuisé, je lui sers de partenaire pour le ushiro waza, je vois qu’il n’est pas particulièrement pressé que je l’attaque, je lui laisse un peu de temps pour souffler avant chaque attaque mais le pauvre est vraiment claqué et peine à reprendre son souffle.

Dernier candidat :  le partenaire que j’avais choisi lors de mon passage. Il est là encore très offensif et très déterminé. Ses techniques sont propres mais je suis heureux de ne pas avoir été son partenaire à ce moment-là ! Lors du travail au jo, il termine toutes ces techniques l'arme pointée à quelques dizaines de centimètres de son partenaire. 

Quelques heures ont passé, nous avons tous fini nos passages, le jury se retire et nous pouvons enfin aller rejoindre nos supporters, boire un petit coup (l'étiquette interdit de boire pendant l'examen) et nous détendre. On discute de comment ça s’est passé, des erreurs de chacun, des prestations des autres candidats. Le jury c’est retiré dans un petit bureau vitré, on regarde les têtes qu’ils font, on spécule sur les résultats... Un petit stress revient. L’important c’est d’avoir fait de notre mieux, le reste est entre les mains du jury.


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Après des minutes qui nous semblent interminables, le jury revient, on se remet en seiza. Ils nous annoncent qu’il vont nommer les gens qui sont reçu à l’examen du premier dan. Petit suspense à l’appel des noms. Ils commencent par l’autre groupe... Ils l’ont tous eu... Le premier de notre groupe est nommé, il salue... Je doit être le suivant sur la liste... Il m’appellent, ouf, je salue et je reste attentif pour les autres de mon groupe. Finalement tout le monde à été appelé, nous sommes tous reçus ! Un dernier salue pour clore cet examen et nous voilà tous shodan !

Les amis sur le côté nous félicitent, dans les vestiaires l’ambiance est plus décontractée, on reparle de comment ça s’est passé, on plaint le pauvre qui a du passer trois fois uke avant de passer son examen. Puis chacun repart chez lui, fier de sa prestation, heureux d’avoir réussi cet examen.

Après coup, tout le monde vous demande ce que ça fait... Je dirais que c’est comme les anniversaires : en soi il n’y a pas d’avant ou d’après, on n'a pas vraiment changé. Juste on a été reconnu apte par un jury régional, on a la preuve qu’on ne fait pas n’importe quoi et qu’on peut se confronter sans peine à d’autres aikidokas. Il y a juste un petit pincement de fierté la première fois qu’on enfile sa ceinture noire !

 Une autre question qui revient souvent, de la famille ou des collègues de travail, c’est : “Mais, et après ? T’as fini l’Aïkido ?”. Sûrement pas ! Ce n’est pas un jeu vidéo où atteindre le niveau ceinture noire marque la fin ! Bien au contraire, ce n’est que le début. Shodan, c'est le premier dan, il y en a encore plein d'autres derrière... Pour ma part j’ai l’intention l’année prochaine de passer un Brevet Féderal, qui me permettra d’enseigner, de transmettre ce que j’ai appris pendant ces années. Puis viendra le deuxième dan et éventuellement des Diplômes d’Etat ! Je me sens comme début d’une grande aventure, un peu comme l’adolescent qui vient d’avoir 18 ans, le monde s’ouvre à moi !


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Je tiens à remercier particulièrement Aurore, Stéphane et Julien pour tout ce qu’ils m’ont appris dans la joie et la bonne humeur, le soutien et les encouragements qui m’ont permis d’obtenir mon premier dan. Je remercie aussi tous les membres du Gonojukan avec qui j’ai pu travailler, qui m’ont prêté leurs articulations pour m’entraîner... et qui m’ont encouragé cette année et les précédentes. Et je remercie aussi tout ceux qui sont venu me soutenir le jour J : Jean-Marc, Choukri, Patrick et son fils, Edmond, Romuald et Julien qui, j’en suis sûr, pensait un peu à moi depuis son siège de jury. Et un super énorme remerciement tout particulier à ma compagne, Kwee Peng, qui m’a supporté toute l’année et qui était sur les bancs du dojo ce jour là pour me soutenir !

Rédigé par gonojukan

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